~ de la mère

Tellement vaste que le public de l'encyclopédie des femmes m'en a demandé une séance entière, me donnant des livres et références de livres... Je laisse en ouverture le premier extrait de peuplement de cette entrée, qui est une contre-illustration.

 

 

« Difficile d’exprimer le malheur qui était le mien. Honte, impuissance, solitude. Et la crainte au réveil des jérémiades répressives de ma mère. Des draps à laver, le matelas à mettre au soleil (ma mère utilisait une vieille toile cirée racornie à l’efficacité douteuse), qu’est-ce qu’elle avait fait à Dieu pour avoir une « handicapée », une « infirme » comme moi…est-ce que j’avais pris toutes mes précautions au moins ? N’avais-je pas bu au dîner alors qu’elle me l’avait interdit ? Et pisser avant d’aller au lit, y avais-je pensé ?

Fortunée m’accablait, alors que je n’arrivais pas à reprendre pied dans mon univers, l’école où j’étais la première, les jeux et les copines, les rêves de quand je serai grande. Ma mère me rejetait, me culpabilisait, redoublait mon désespoir. J’avais tenté plusieurs fois de lui crier le besoin que j’avais de son amour, de sa compréhension, de ses bras dans lesquels je me jetais en sanglotant : « Maman pardonne-moi, je ne sais pas comment ça arrive, ça, la nuit. » Mais fortunée me repoussait : les gens ont raison (toute la famille et les proches connaissaient « le malheur de Fortunée »). Si ton père était plus sévère avec toi les matins où tu es mouillée, peut-être ferais-tu plus attention. »

Fritna, Gisèle Halimi, Plon 1999, page 96

 

La grande avocate Gisèle Halimi ! J’ai encore tout à apprendre sur ses combats et son œuvre. J’ai La cause des femmes dans ma bibliothèque de l’encyclopédie des femmes depuis longtemps. Mais c’est par Fritna que j’ai commencé. Ce portrait de Fritna sur la couverture m’interpelle. Pour la journée des droits des femmes, Arte a diffusé le film Djamila Boupacha. 

Je pense à la mère d’Ayan Hirsi Ali qui l’a faite exciser en cachette de son père, contre sa volonté. Ce rôle des femmes dans la perpétration des violences faites aux femmes et aux petites filles me sidère. Je peux imaginer et comprendre sa logique culturelle intrinsèque. Mais je reste sans voix.

 

 

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