jardinage

~ excuse / maitrise parcellaire des travaux domestiques

 

« La taille de la haie était l’un des seuls travaux domestiques pour lesquels on pouvait faire confiance à M. Wheelock. Pour le reste, il était d’une inefficacité notoire dans toute la maison. Tout le quartier était au courant. C’était la source de toutes les blagues de Mme Wheelock. »

 

Dorothy Parker, Mauvaise journée, demain, Christian Bourgois éditeur, page 7

 

 ~ et identité (creuser un trou)

 

« D’un autre point de vue, celui du travail intellectuel (écriture, enseignement, réflexion), et même certains plaisirs du corps (jardinage, sport), je me sens tout à fait neutre. Neutre, c’est-à-dire sans identité sexué. Quand je pense – au monde, à la politique, à la liberté, à la littérature, etc. -, quand je pense je ne me sens pas femme  pas du tout. Mais je ne me sens pas homme non plus. Je ne me sens pas assignée à une identité car à ce moment-là ce n’est pas la question. Un autre exemple ? Quand je creuse un trou (après avoir démêlé l’écheveau de racines et mis à tremper le petit arbre dans une bassine), quand je vais chercher de l’engrais pour en tapisser le fond (soin superflu), quand je remplis le trou de bonne terre tout en maintenant le tronc vertical (on n’a que deux mains)… je l’affirme, je ne suis pas une femme, ni un homme, je suis un être qui jardine et qui met tout son soin à planter correctement un tilleul. Je suis le geste, l’imagination du printemps, la petite somme de savoirs du jardin, je suis l’espoir de voir s’enracine l’arbrisseau : je ne suis pas une femme, je suis… au-delà ou en deçà.

Mais quand l’instant suivant je suis face à un homme désiré… (J’y reviendrai encore. Pas de risque que j’oublie.)

Je ne raconte pas cette petite expérience de jardinage parce qu’elle serait extraordinaire : au contraire, c’est sa banalité que je veux rappeler. A force d’entendre les femmes brandir à tout bout de champ leur revendication identitaire, on pourrait en être obsédé et oublier ces moments, très fréquents, où l’on se sent ni homme ni femme, où l’on est, simplement, dégagé ».


Belinda Cannone, La tentation de Pénélope, l’autre pensée Stock, 2010, pages 30-31

 

 

 

~, fleurs, trouver la paix, peace and flowers

 

« Are we not all prisoners? She had read a wonderful play about a man who scratched on the walls of his cell, and she had felt that was true of life – one scratched on the wall. Despairing of human relationships (people were so difficult), she often went into her garden and got from her flowers a peace which men and women never gave her. »
 

Virginia Woolf, Mrs Dalloway, Penguin Books, Modern Classics, page 211

 

~, fleurs, dans un cercueil

 

« Alors que la maladie était venue s’installer à Lowood et la mort y faire de fréquentes visites, que la mélancolie et la peur hantaient les murs, que ses salles et ses couloirs exhalaient des odeurs d’hôpital – désinfectant et pastilles aromatiques à brûler tentant vainement de vaincre les effluves mortelles -, à l’extérieur, cet éclatant mois de mai brillait sans un nuage sur les monts escarpés et les belles forêts. Son jardin aussi s’empourprait de fleurs : les roses trémières étaient devenues hautes comme des arbres, les lys s’étaient ouverts, tulipes et roses étaient en fleur ; les bordures des petites plate-bande s’égayaient de statices roses et de pâquerettes doubles rouge vif ; les églantiers odorants exhalaient soir et matin leur senteur d’ épices et de pomme ; et aucun de ces trésors parfumés n’avaient d’utilité pour la plupart des habitants de Lowood, sauf pour fournir de temps à autre une poignée de simple et de fleurs qu’on glissait dans un cercueil. »

 

Charlotte Brontë, Jane Eyre, folio Classique, pages 144-145

 

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